No-Vox

Mali : rapport du village des Sans Terre

lundi 12 mai 2014

Depuis le lundi 31 mars à9h, des milliers de maliennes et de maliens venant de l’urbain, du péri urbain et du rural ont installé àl’appel de l’UACDDDD et de la CONVERGENCE MALIENNE CONTRE LES ACCAPAREMENTS DE TERRES (CMAT) le Village des Sans Terre àla Bourse du Travail de Bamako contre les accaparements de terre au niveau des champs, des maisons …. pour faire respecter leurs droits.

Depuis des années ces milliers de personnes sont affamées, déguerpies, sans toit, sans champs ! Depuis des années des quartiers et des villages se meurent au nom de la spéculation ou d’opportunité commerciale ne répondant pas aux besoins de la population malienne, ni au besoin de justice sociale tant réclamée !

Depuis le 17 décembre 2013, le dossier était bloqué àla Primature alors que les ministères concernés, dans le cadre de la commission interministérielle mise en place àcet effet depuis mars 2012 - suite àune grande marche organisée par l’UACDDDD/No vox - avaient proposé des réponses pour les 10 points jugés prioritaires par la CMAT. Toutes les victimes voulaient agir. C’est dans ce cadre que UACDDDD et la CMAT a organisé le « Village des sans terre  »

Cette action fait suite àplus deux années de démarches au niveau des autorités tant locales que nationales pour faire reconnaitre les droits des communautés et des familles sur leurs terres par la CMAT et de plusieurs actions des membres de la CMAT composée de 5 organisations d’envergures nationales AOPP, CAD-Mali, CNOP, LJDH, UACDDDD/no vox dit l’Union.

Ce village sans terres avec une marche d’ouverture àtravers Bamako, avait donc pour objectif d’amener les autorités à :

- remettre dans leurs droits les victimes en traitant les 10 ponts prioritaires de suite touchant l’urbain, le péri-urbain et le rural,

- prendre en compte tous les autres cas du Mémorandum de l’UACDDDD, plus de 160 autres cas, très rapidement

- Ã ouvrir un dialogue pour sécuriser le foncier et les ressources naturelles du peuple malien ainsi que d’amener une grande réflexion sur la gouvernance foncière au Mali, notamment au moment où une politique et une loi foncière sont en cours d’élaboration.

C’est dans l’esprit du respect des droits humains, du droit àl’alimentation, du droit des peuples àfaire valoir leurs droits coutumier et de la loi d’orientation agricole du Mali qui prône la souveraineté alimentaire les actions de la CMAT.

La conférence de presse du 24 mars 2014 annonçant l’évènement a réveillé la Primature qui a sollicité une rencontre avec la CMAT en urgence le jeudi 27 mars à17h. Le directeur du cabinet du premier ministre qui a reçu la délégation a demandé de sursoir àla marche qui était prévu le lundi 31 mars et de la reporter au mercredi 2 avril, « car nous sommes en démocratie et on n’est pas làpour interdire une marche  » après avoir –enfin !- écouter les propositions du premier ministre, qui les recevrait le mardi 1 er avril. La CMAT a déclaré qu’elle allait d’abord consulté la base et apporter une réponse àleur proposition.

La décision collective a été que le village sans terre se ferait de toute manière dès le 31 mars àla Bourse du travail de Bamako, et que pour la marche celle du 31 mars était suspendue.

Toute au long de la journée du lundi 31 mars, la Bourse du travail, avertie par lettre et consentante, a été pacifiquement investie par des milliers de maliens et maliennes. Toute la journée les différentes communautés ont pris la parole pour exprimer leur lutte –certains depuis 20 ans- pour faire respecter leurs droits, les décisions de justice non appliquées, pour tout simplement retrouver leur dignité et être considérées comme des citoyens et citoyennes du Mali dans un Etat qui devrait être de Droit.

Les médias étaient là, ont reçu dossiers de presse, effectué de nombreux interviews.

Des dizaines de banderoles accrochées àl’intérieur et àl’extérieur de la Bourse du travail attestaient des combats de chaque groupe de victimes de spoliations, abus de droit, abus de pouvoir.

Les équipes étaient en place pour assurer : les repas et la sécurité

Nombreux et nombreuses, surtout des villages éloignés ont dormi sur place, et se sont réveillés le mardi 1 er avril, aux bruits des bottes des forces de l’ordre qui ne voulaient plus voir toutes les banderoles exposées àl’extérieur de la Bourse du Travail sur le boulevard extérieur très fréquenté. Toutes ces expressions graphiques se sont retrouvées confinées dans une salle du commissariat du 1er arrondissement. Une négociation plus tard dans la journée permettra de les récupérer àla fin de notre sit-in du village des sans terres. A la lecture des journaux, 5 articles, relataient notre action, mais d’autres articles la salissait en évoquant l’instrumentalisation, l’anarchisme, le lobbying occidental pour renverser le régime en place…en concluant en général que l’avenir du Mali passerait pat l’agriculture industrielle et pas par les miséreux paysans et paysannes. A noter que sur les dix points présentés en doléances, un seul concerne un investisseur national dans l’agro-business, Modibo Keita …qui continuait àuser de son influence et de son argent pour mépriser les victimes d’accaparements de terres àtravers les médias.

Entre les témoignages qui ont continué dans la journée et les discussions dans le groupes, chacun attendait impatiemment le compte –rendu de la rencontre prévue à16h, avec les hautes autorités Compte rendu de la rencontre avec le premier ministre àla Primature

La délégation composée de 7 personnes avec des représentants de la CMAT (UACDDDD et CNOP), des porte-paroles de villages et de l’urbain, et d’une porte-parole pour les femmes en particulier celles expropriées des marchés. La rencontre a duré 2 heures et 15 mn, où participé aussi le Ministre des domaines de l’Etat et des affaires foncières.

A l’issue de la rencontre, différentes avancées sont ànoter :

1) sur les 10 points de revendications, il a été retenu ce qui suit :

N° Points prioritaires àtraiter // Points d’accord 1 Résoudre le problème des 7 villages des communes de N’gouan et de Djéguèna cercle de San ; 2 Résoudre le problème de Sanamandougou et Saou avec la CAI (Modibo KEITA) ; Il a été convenu de la tenue d’une mission étatique sur le terrain (Sanamadougou et Saou et San) dès la fin de cette semaine avec des représentants de la CMAT

3 Recaser les 1664 (1086 + 578 réels de la mairie de la commune I) déguerpis sur les 84 hectares conformément àl’audit qui a été effectué sur le site ; Des travaux ont été effectués àce niveau par le Ministre du domaine de l’Etat et de affaires foncière, les victimes seront remis dans leurs droits par l’annulation de la décision

4 Recaser les 364 déguerpis de Bougouba sur les 104 hectares, crées suivant TF 16275 du 13 juin 1996 dont 63 ont été affectés àla commune II au profit des populations ; Compte tenu de l’absence d’espace vide àBougouba, la proposition d’installer les déguerpi-e-s en commune I en complément des 84 hectares a été faite.

5 Exécuter la décision de justice relative àla démolition des kiosques des commerçants détaillants de la commune III ; Il a été convenu que l’UACDDDD remet la liste des victimes àla primature. Elles seront non seulement recasées mais aussi dédommagées par l’Etat.

6 Recaser la chefferie de Djicoroni et les malades blanchis de la lèpre de Djicoroni-para ; La chefferie de Djicoroni para sera recasée. Les malades blanchis de la lèpre seront recasés sur les 24 hectares àKalanbanbougou. En plus, un espace de jardinage sera mis àleur disposition dans la zone de Kanadjiguila.

7 Respecter la décision de la cour suprême sur la bande des 140 m de Daoudabougou et Sabalibougou en commune V ; Les travaux seront faits conformément àl’arrêt de la cour suprême

8 Recaser les 1107 familles déguerpies des 95 hectares de Yirimadio en commune VI ; Les familles seront recasées sur les 60 hectares situé sur la colline de Yirimadio

9 Affecter àla famille TOURE de Faladiè, les lots des espaces vides du lotissement des 15 ha qui leur appartient ; La décision sera annulée et les espaces seront remis au domaine qui les remettra aux familles Toure.

10 Recaser les déguerpis du stade du 26 mars et de Diadiébougou en commune VI ; Un site sera identifié pour leur recasement

2) Outre ces dix points, la question des marchés expropriés au profit de certains prétendus richissime n’est pas restée en marge. Le premier ministre àprésenté des excuses suite àl’intervention de la représentante des femmes déguerpies des marchés par rapport aux traitements inhumaines qu’elles ont subit avant de la rassuré que cela ne se répétera plus.

3) Les titres fonciers créés pour spéculer sur les villages périurbains de Bamako, feront l’objet de dispositions pour sauver les villages en question.

4) Le débat a aussi porté sur la responsabilité des maires et les insuffisances des textes juridiques qui ont été pointés du doigt comme étant la source de ses expropriations foncières. Selon le premier Ministre, la reforme judiciaire en cours contribuera àcorriger ses faiblesses ;

5) Enfin, la primature réitéra son engagement às’investir dans la résolution de ces questions foncières avec la CMAT. Ainsi pour le premier Ministre cela n’est qu’un début de dialogue.

Suite de l’action Une réunion avec la délégation et d’autres responsables de la CMAT eux lieu dans la soirée pour : 1) Faire une analyse collective de la rencontre 2) Savoir si la marche était maintenue le lendemain Sur le point 1, la délégation a été félicitée, les avancées étaient vraiment positives et encourageantes mais il manquait une garantie écrite, un délai et un chronogramme. Si l’on n’avait pas cela la marche serait surement maintenue. Un appel téléphonique avec les autorités pour leur notifier ces points importants les informa que nous voulions des réponses pour demain matin.

L’électricité ayant disparue, la soirée fut tranquille.

Le mercredi 3 avril les autorités ont annoncé qu’elles recevraient ànouveau la CMAT le jeudi et vendredi pour faire aborder les points techniques sur les dossiers et que dès ce week-end une délégation partait dans les villages de Sanamadougou/ Sahou et San.

Nous n’avons pu partager toute ces informations, que tard dans la journée car toujours sans électricité nous avons été obligés de chercher un groupe électrogène pour faire le compté rendu . Après les interventions du président de la CMAT, Soungalo Koné, de Massa Koné de l’UACDDDDD pour faire le compte-rendu précis sur les 10 points, et l’intervention du président de la CNOP, Ibrahima Coulibaly, il a été décidé collectivement de ne pas faire la marche. En effet c’est la première fois que nous interpellions ce nouveau gouvernement mis en place depuis septembre, que personne ne voulait le déstabiliser et qu’il s’était montré àl’écoute avec des propositions concrètes. Ainsi le souhait commun approuvé par l’assemblée, était d’accueillir favorablement les propositions émises…mais que nous resterions vigilants et que si ce n’était que du vent, la prochaine fois, la marche aurait vraiment lieue !

Pour conclure, la CMAT remercie :
-  les autorités et apprécie leur esprit d’ouverture àsa juste valeur ;
-  toutes les personnes de bonnes volontés de près ou de loin qui ont apporté leur solidarité àcette lutte ;
-  la presse malienne et invite certains journaux àplus de professionnalisme dans la couverture de tel événement. Nos remerciements vont également àl’endroit de force de sécurité plus particulièrement au commissaire du 1er arrondissement.


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